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À Kindia : EduKindia – Les classes des établissements scolaires de la commune de Kindia sont surchargées.

Les classes des établissements scolaires de la commune de Kindia sont surchargées et les conditions sanitaires y sont précaires. Ce constat a amené six collectivités françaises et guinéenne à coopérer ensemble pour développer l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène.

Sur la côte ouest africaine, la Guinée est considérée comme le « château d’eau » de la région. Pourtant, l’accès à une eau potable et à des infrastructures sanitaires décentes est difficile dans le pays. Au regard de l’accroissement de la population ces dernières années et des infrastructures actuelles, la production d’eau potable est insuffisante pour couvrir les besoins en eau de la population locale. L’absence d’infrastructures sanitaires est devenue une cause importante de maladies. Au début des années 1990, la loi sur la décentralisation transfère les compétences liées à l’accès à l’eau et à l’assainissement aux communes du pays.
Cependant, les moyens, les compétences ainsi que l’expérience nécessaire au sein des communes sont insuffisants. La commune de Kindia, l’une des 38 communes urbaines de la Guinée et le chef-lieu de sa région administrative, est concernée. Située à 135 km de la capitale Conakry, elle comprend quelques 200 000 habitants, répartis en 33 quartiers urbains et 13 districts ruraux.

Genèse du projet EduKindia
La commune de Kindia possède des liens historiques avec les acteurs de la Loire-Atlantique. Ces liens ont donné naissance à une coopération décentralisée mutualisée entre les communes de Basse-Goulaine, de Bouaye, de Sainte-Luce-sur-Loire, d’Orvault, de Saint-Jean-de-Boiseau avec la commune urbaine de Kindia. L’objectif ? Apporter un soutien solidaire au développement de la région de Kindia, à travers notamment la question de l’eau. Sur le terrain, l’ONG Guinée 44 travaille depuis plus de vingt ans avec ses partenaires pour l’amélioration des conditions de vie de la population et l’autonomisation des acteurs locaux, avec comme priorité le renforcement de l’accès à une eau potable de qualité. Forte de son expertise, Guinée 44 a accompagné les communes durant plusieurs années.

Le projet « Trois Rivières »
Un premier projet d’assainissement pilote a été mis en place entre 2009 et 2012 : le projet « Trois Rivières ». Ce projet avait permis à la commune de Kindia d’identifier plusieurs axes de travail pour lutter contre les inondations et les risques sanitaires ainsi que d’expérimenter diverses modalités de mobilisation sociale et citoyenne sur les enjeux liés à l’assainissement. Ce travail a été initié suite à un constat de fréquentes inondations et de cas de choléra dans sept quartiers de Kindia, situés à la confluence des trois rivières qui traversent la ville (Tokhou, Wawa et Fissa).

Du projet « Trois Rivières » au projet Edukindia
Le projet EduKindia : les acteurs éducatifs se mobilisent pour l’assainissement et la préservation du cadre de vie s’est inscrit dans la continuité de ce projet d’assainissement pilote. Réalisé entre 2013 et 2016, il est né de l’engagement financier de ces cinq communes de l’agglomération nantaise ainsi que de celui de l’agence de l’eau Loire-Bretagne et de Nantes Métropole. Son but : améliorer le cadre de vie des populations en sensibilisant les citoyens sur les enjeux sanitaires et environnementaux, pour une évolution des comportements. Pour y parvenir, la mise en place d’infrastructures d’accès à l’eau et à l’assainissement s’est accompagnée d’un programme de sensibilisation et d’éducation à l’hygiène, qui a ciblé les établissements scolaires. Public réceptif, les enfants intègrent plus vite des nouvelles règles de vie et peuvent ensuite les diffuser au sein de leur famille. Ils représentent en ce sens un relai de changement social.

La priorité a été donnée aux établissements scolaires ne disposant d’aucun point d’eau et présentant un manque important de latrines au regard du nombre d’élèves. La motivation et l’engagement des équipes pédagogiques a également été un critère déterminant dans le choix des établissements bénéficiaires. En renforçant les capacités des acteurs locaux (association de parents d’élèves, agence communale de l’eau et de l’assainissement [ACEA], corps éducatif, etc.), le projet leur a donné les moyens de devenir eux-mêmes relais auprès de la population locale. Les pouvoirs publics locaux (commune, service eau/assainissement et éducation), qui sont à l’origine de la demande ayant aboutie au projet EduKindia, ont été associés à la conception du projet, tout comme les établissements scolaires.
Une meilleure hygiène et une intimité préservée dans les écoles de Kindia

Trois actions clés
1. Fournir des infrastructures sanitaires de base aux écoles ;
2. Éduquer et sensibiliser les élèves à l’hygiène, l’assainissement et la protection de l’environnement, afin de permettre un changement des comportements dans ces quartiers ;
3. Promouvoir les échanges scolaires et citoyens entre les acteurs sociaux et éducatifs des communes partenaires.

En suivant le guide fourni par les normes Sphère[1], 6 points d’eau, 27 latrines et 24 urinoirs ont été aménagés au sein de ces écoles. 7 latrines ont également été réhabilitées. Mais si le projet avait pour objectif de fournir des latrines supplémentaires aux élèves de ces établissements, ce n’est qu’au cours de sa mise en œuvre qu’il a été décidé de construire des urinoirs pour les garçons et de prévoir des latrines séparées pour les filles, grâce au gain d’espace réalisé. Par la suite, un mur de pudeur a également été ajouté pour assurer une plus grande intimité aux jeunes filles et leur permettre de se rendre aux toilettes plus sereinement sans risque d’être vues ou dérangées. Ainsi, EduKindia s’est élargi à une problématique plus large que celle de l’hygiène : celle de la scolarisation des filles. Faute de latrines privatisées, beaucoup de jeunes filles quittent en effet l’école à la puberté à cause de la gêne qu’elles ressentent. Les données chiffrées concernant le taux de scolarisation des filles sont difficiles à obtenir (et ne sont pas toujours exacts), mais les témoignages recueillis permettent de percevoir le changement que ces aménagements représentent.

Le programme de sensibilisation et d’éducation à l’hygiène qui a accompagné la mise en place de ces infrastructures s’est appuyé sur la création de « boîtes à images ». Les images qui composent ce  « boîtes » constituent de véritables outils pédagogiques : simples, elles s’accompagnent d’un texte qui décrit les bonnes pratiques à respecter. Elles viennent apporter des explications facilement compréhensibles sur les bons gestes à répéter et ceux à éviter. Ces outils ont été conçus pour être facilement utilisables par les professeurs et les élèves référents. Leur implication est en effet essentielle pour garantir une appropriation de ces règles par les élèves et donc de s’assurer du succès du projet.

Une gestion collective des infrastructures
Pour assurer la viabilité économique du projet et permettre peu à peu l’autonomisation des bénéficiaires, un modèle de gestion collective a été imaginé puis mis en place au sein des six établissements scolaires bénéficiaires. Ce modèle prévoit que chaque année à Kindia, les parents d’élèves cotisent auprès de l’association des parents et amis de l’école (APAE) de leur enfant entre 8 000 et 10 000 francs guinéens (environ 0.8 à 1 euro/enfant) afin de prendre en charge les éventuelles réparations, l’entretien des infrastructures et le renouvellement du matériel (selon la répartition qui a été définie par l’ensemble des membres). L’agence communale de l’eau et de l’assainissement (ACEA) est toujours présente pour apporter une assistance technique si besoin. Dans le cas où les réparations dépasseraient un montant défini, celle-ci prendra en charge ces coûts.

Le projet prévoyait également initialement la mise en place d’un organe de gestion et d’entretien des latrines et des points d’eau (réparations, nettoyage des cuves, lutte contre le gaspillage de l’eau, maintenance, vidange des latrines, etc.) au sein de chaque établissement. Cependant, plutôt que de créer un nouvel organe, le projet s’est finalement appuyé sur les comités de développement des écoles (CDE) préexistants dans chaque établissement. S’il a fallu du temps pour établir une réelle communication avec l’ACEA, les CDE sont aujourd’hui responsabilisés et fonctionnent correctement. Ceux-ci se réunissent en cas de problèmes, prennent les décisions nécessaires et contactent l’ACEA si besoin.

En parallèle, un comité de coordination inter-écoles a été instauré dans le but de créer un lien entre les écoles bénéficiaires et d’engager une dynamique de co-construction, qui a permis la création du programme d’éducation et de sensibilisation à l’hygiène, à l’assainissement et à la préservation du cadre de vie. Ce comité, qui se compose de neuf représentants (un représentant de chaque école, un membre de l’ACEA, un membre de la DPE et un membre de la DSEE), a notamment permis l’organisation d’un concours de salubrité : « École Propre ». Ce concours est venu clôturer les séances de sensibilisation et d’éducation à l’hygiène. Coordonné par le comité, il a créé une véritable dynamique locale autour de l’enjeu de l’assainissement, en amenant élèves et enseignants à agir pour rendre leur école propre, dans le cadre d’une compétition.

EduKindia, une histoire de coopération et d’échanges
Pour les communes françaises, les projets conduits « là-bas » doivent être partagés « ici », dans une démarche d’ouverture au monde et à l’autre. Entre 2013 et 2016, les services enfance, éducation et jeunesse des différentes communes partenaires ont travaillé ensemble pour impliquer des enfants de chacune des communes dans le projet, en les faisant s’exprimer et partager leur vie de tous les jours à travers la photographie. Accompagnés d’animateurs/trices et de deux photographes – l’une en France, l’autre en Guinée – les enfants français comme guinéens ont ainsi pu se représenter et faire découvrir leur réalité. L’exposition « Dimées Khâ Yarasigè – Regards d’enfants » est le fruit de ce travail de regards croisés entre enfants français et guinéens, et entre photographes. Elle est une invitation au voyage dans le quotidien des enfants, un support à la découverte de l’autre pour mieux se comprendre, se rencontrer et contribuer au mieux vivre ensemble. Car si la coopération décentralisée a pour objectif principal d’apporter un soutien technique et financier aux collectivités du Sud qui en ont besoin, les communes qui s’engagent recherchent elles aussi des impacts sur leurs territoires. C’est cet esprit de solidarité qui a poussé les communes de l’agglomération nantaise à s’engager à l’international avec la commune urbaine de Kindia. Les élus des communes ont cherché à partager avec leurs concitoyens leur engagement solidaire, à travers la mise en place d’actions culturelles et éducatives. Un but commun : mieux connaître « l’autre » et faire comprendre la coopération décentralisée. Marie-Hélène Nedelec, Vice-Présidente de Nantes Métropole a d’ailleurs souligné que « cette notion de réciprocité permet une ouverture des jeunes à l’international et de mieux comprendre le monde d’aujourd’hui. Les jeunes qui auront vécu EduKindia auront un autre regard sur le monde. »

En France, EduKindia a permis aux communes françaises de se rapprocher et de se rencontrer. Par exemple, à l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant le 20 novembre 2014, une demi-journée d’ateliers ludiques sur les droits de l’enfant a été organisée autour de l’interculturalité et la solidarité à Saint-Jean-de-Boiseau, qui a ouvert ses portes aux enfants de Sainte-Luce-sur-Loire et d’Orvault.

Quel bilan pour les acteurs locaux ?
L’objectif du projet EduKindia était de toucher les familles des quartiers ciblés, à travers les enfants. Si les débuts ont été un peu difficiles, les enfants ont peu à peu pris l’habitude de se laver les mains après chaque activité et avant de rentrer en classe. Ils ont été porteurs de bonnes pratiques, qu’ils ont ensuite rapportées dans leurs familles. Ils ont aujourd’hui conscience que le respect des règles d’hygiène les protège des maladies et répètent ce qu’ils ont appris à l’école. Lors de son témoignage dans le film « Retour d’expérience des acteurs du projet EduKindia », Sékou Baba Soumah, Président de l’APAE de l’école primaire Abdoulaye N’Diaye souligne que : « Les enfants sont en train de nous enseigner les bonnes conditions d ’hygiène ».

Des échanges qui s’intensifient.
En début de projet, des travaux d’échanges et de concertation ont permis d’évaluer les besoins et de choisir les types d’ouvrages ainsi que leurs emplacements. Ils ont réuni : la commune, l’ACEA, la Direction préfectorale de l’éducation (DPE), la Délégation spéciale de l’enseignement élémentaire (DSEE), l’APAE. Tous se sont rassemblés pour définir ensemble le modèle de gestion à mettre en place et répartir les responsabilités, en fonction du rôle de chacun, dans le domaine de l’éducation comme dans celui de l’accès à l’eau et à l’assainissement.
Ayant chacune leur zone de compétences, la DPE et la DSEE n’avaient ni l’habitude ni réellement l’occasion de travailler ensemble. Le projet leur a permis de créer des liens pour mieux se connaître, se comprendre et de pouvoir créer des synergies positives. Au cours du projet, chacune a pu écouter les besoins et comprendre les difficultés de l’autre. Plus généralement, en rassemblant tous ces acteurs autour d’un même projet, EduKindia a permis de créer un véritable espace de concertation et de discussion, pour une meilleure pérennité des actions menées.

Des actions qui se font plus visibles et qui se renforcent.
• ACEA : Bien que la création de l’ACEA remonte à 2011, son rôle était méconnu par une partie des familles de Kindia par manque de communication. EduKindia lui a permis d’une part d’aller à la rencontre des habitants et l’a aidé d’autre part à renforcer son rôle dans l’accomplissement de ses missions.
• DPE : Par ailleurs, suite à la réussite du projet et en concertation avec l’ACEA, la DPE a pris la décision d’inclure dans sa politique de contrôle et de notation des écoles, le maintien et l’entretien des infrastructures et de l’hygiène.

Et après… ?
Le projet EduKindia, qui s’est concentré sur six écoles de Kindia, n’a bien sûr pas l’ambition de fournir des infrastructures d’accès à l’eau et à l’assainissement à l’ensemble des écoles de la ville. Projet-pilote, il a plutôt vocation à « donner des clés » aux acteurs locaux pour dupliquer ce projet et l’étendre à l’ensemble des écoles de la commune. Le tout en incitant, notamment, les autres établissements à se mobiliser. Dans cette optique de capitalisation et de transmission des savoirs, un film témoignage Retour d’expérience des acteurs du projet  du india a été réalisé cette année par la boîte de production Anyway Audiovisuel et son réalisateur Laurent Brémond. Ce film donne la parole à tous ceux qui ont pris part au projet durant sa réalisation et qui en ont fait une belle réussite. Pour le découvrir :
www.youtube.com/watch?v=45FbmHXnNZ0

Dans la lignée d’EduKindia, les activités du projet EduKindia 2 ont été officiellement lancées en novembre 2017.

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